Le Costume au musée, épisode 1: Des différentes traces

Je vous en avais déjà parlé auparavant, la célébrité construite autour d’un habit dépend de beaucoup de choses,  de la personne qui l’a créée ou qu’il a portée, voir les deux. Beaucoup d’autres habits attirent l’attention à partir du moment où on les considère comme appartenant à une époque révolue. Ils ne sont plus des vêtements comme les autres.

Aujourd’hui, cela nous parait évident que lorsqu’un habit dont on n’apporte plus une fonction vestimentaire mais une valeur historique, n’ait désormais plus la mission d’habiller les personnes, mais seulement d’être vu et d’être étudié par ces dernières. Et c’est notre sujet d’aujourd’hui.

Comment le costume devient une pièce de musée?

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« Sa place est dans un musée! » Indiana Jones et la dernière Croisade, de S. Spielberg, produit par Lucasfilm, sorti en 1989 (Source: Giphy)

Bon déjà, un costume, ce n’est ni une statue, ni un édifice, ni une armure, ni un meuble. En gros, ce n’est pas prévu pour durer. Les tissus s’abiment très rapidement à cause de l’usure, du temps, des parasites et des conditions, raison pour laquelle la majorité des costumes d’époque datent au plus du XVIIIème siècle.

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vêtement égyptien, conservé au Musée Petrie d’archéologie égyptienne, University College London (Sources: nationalgeographic.fr)

C’est donc très rare de trouver des vêtements  anciens qui soient encore bien conservés. Raison pour laquelle je vous montre cette tunique égyptienne en lin datant d’au moins

5 000 ans.

Bien que ce ne soit pas le seul vêtement antique trouvé et conservé, il s’agit du plus ancien jusqu’à présent. Cet habit qui fut retrouvé dans une tombe et sa conservation restent une chose exceptionnelle, car lorsqu’on étudie un vêtement de plus prêt, on peut mieux prendre en compte les matières employées, les découpes, les coutures, le climat, le sexe du (de la) propriétaire et la fonction de l’habit.

C’est une chose qui ouvre de meilleures pistes, car à défaut de pouvoir trouver des vêtements en bon état, ce qui est souvent le cas, les chercheurs s’orientent plus vers les illustrations, les textes, les statues, les fresques et tout autres sources permettant de se faire une idée de l’époque vestimentaire en question.

A travers cet article, nous allons d’abord parler des différents médiums sur lesquels le Costume s’inscrit dans l’Histoire. Cette recherche se fera à travers les publications du Centre National du Costume de Scène (C.N.C.S.) situé à Moulin dans l’Allier dont je parlerai plus tard.

Nous allons donc nous pencher sur la chronologie du costume et des différentes façons dont le costume s’est inscrit dans notre passé.

Comme il a été dit un peu plus tôt, les travaux concernant le costume de Théâtre se sont d’avantage consacrés aux sources écrites et picturales, des correspondances aux peintures en passant par les sources administratives et les illustrations.

Les chercheurs parlent de l’année 1755 comme l’année de fondement du costume de théâtre au sens contemporain. A travers des « registres de mise en scène » par exemple, des auteurs et comédiens tels que Monsieur Lekain et Mlle Clairon redéfinissent le costume comme un instrument pensé collectivement par l’ensemble des comédiens au sujet de la cohérence avec les rôles. Chose inédite à l’époque.

Dans le courant des années 1770, c’est le métier de costumier qui commence à prendre une nouvelle définition avec un certain Pierre Nicolas Sarrasin pour qui le costumier doit « rendre le costume plus sage, plus vrai qu’il ne l’est à présent, et aussi agréable ». Des textes comme Cahiers de Costumes Français amènent à l’écriture de registre des costumes. Les costumes qui étaient à la base à la charge du (de la) comédien(ne) et de son protecteur,  sont en partie à la charge du théâtre (c’est surtout le cas de la Comédie Française).

Chartes et lettres de correspondances semblent être les piliers du costume moderne. C’est à partir des échanges de lettres que nait la pérennité du costume. Car l’étude des manuscrits date de beaucoup plus longtemps que l’étude des habits.

Nait ainsi le poste de « costumier-dessinateur chargé de la coupe et de la construction des habits-neufs » et parallèlement du « garde-magasin chargé de leur entretien, des réparations qui leur soient nécessaires, et du service journalier du Théâtre ». Le costume commence à être vu comme un art complet rassemblant la couture, les arts dramatiques et la peinture. Des collaborations naissent donc entre des peintres comme David et des acteurs comme Talma.

 

Cette collaboration interdisciplinaire finira par populariser au XIXème siècle, l’usage de la maquette. Ceci nécessite d’utiliser le dessin afin de visualiser le costume qui conviendra à tel rôle dans telle pièce. Ces dessins, reconnaissables pour leurs qualités graphiques mettant en avant les couleurs des tissus, les coutures, ainsi que les commentaires sur les matières à employer, donnent une idée du travail à faire aux costumiers et des dépenses à réaliser auprès des « producteurs ».

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Maquette du costume de François 1er à Chambord, réalisé par Hippolyte Lecomte en mars 1830 (Source: Gallica)

Les traces que nous laisse l’Histoire du costume restent des traces picturales. C’est la Peinture qui assure la longévité du Costume dans son Histoire.

Les périodes de la Révolution Française et de l’Empire font naitre également une autre problématique autour du costume, l’intervention de l’État. A travers la Loi du 13 janvier 1791 relative aux spectacles, le pouvoir en place instaure la liberté de création théâtrale, ce qui augmente le nombre d’ouvertures de théâtres de tous genre dans Paris. Parallèlement, cette même loi soumet le fonctionnement des théâtres aux pouvoirs des municipalités et des commissaires municipaux.  Cette période voit donc beaucoup de lettres de demandes de financements  des costumes souvent confrontées à des refus en raison de coupes budgétaires ou de pénuries. Un exemple avec Pierre Lafon, tragédien qui en 1819, réclame auprès du comité municipal une aide afin de financer un de ses costumes:

« Le costume de mon rôle ne peut convenir à la pièce de Louis neuf, et je réclame de la Comédie de bien vouloir s’en charger. Des dépenses énormes que j’ai été obligé de faire pour d’autres rôles de mon emploi depuis deux ans me permettent d’espérer que vous prendrez ma demande en considération. »

Un article du règlement stipule cependant le refus de ce genre de subvention à tous comédien à plus de 2 000 francs d’appointements, contrairement aux figurants qui par exemple, sont fournis par le magasins. L’acteur reçoit donc une lettre de refus.

Cette période nous montre que le Costume laisse sa trace dans la législation. 

Institutionnalisée sous la IIIème République avec des directeurs comme Émile Perrin (administrateur de la Comédie Française de 1871 à 1885, et « amateur » de prises de bec  avec Sarah Bernhardt), le costume prend une tout autre dimension avec de meilleurs moyens et une organisation plus complète. Des équipes de costumiers en chef, de dessinateurs, de perruquiers, de brodeuses et de couturières permettent l’élaboration de costumes beaucoup plus riches pour des pièces à thèmes historiques.

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Sarah Bernhardt en Costume de Ruy Blas, photo prise par Etienne Carjat en 1872 (Source: bibliotheques-specialisees.paris.fr)
SARAH BERNHARDT, ROLE DE LA REINE DANS "RUY BLAS", REPRESENTATION A L'ODEON
Sarah Bernhardt, dans Ruy Blas, photographiée par Lermercier & Cie, 1873 (Source: Gallica)

Le médium qui vient témoigner de cette enrichissement du costume est bien sûre la photographie. Dans le courant des années 1860, la photographie prend vite sa place au sein du paysage culturel en France, et comme on l’a vue avec Sarah Bernhardt, ce médium devient vite un instrument de promotion de l’image, de commercialisation même. Il est donc normal de voir la photographie entrer dans le panthéon du Costume, car elle permet (pour le moment) de donner une trace visuelle d’un costume sans modification de la part de l’auteur. Les exemples ci-dessus de photographies de Sarah Bernhardt dans son rôle de reine montrent l’utilisation de cette technologie pour laisser une trace de la tragédienne, de son jeu (avec une pose travaillée) et de son costume qui lui garantit le jeu.

Alors que bien plus tard, des théoriciens comme Walter Benjamin discutent à propos de la remise en question du caractère sacrée d’un objet une fois celui-ci photographié, la Photographie en elle-même amène le Costume dans la pérennité. Elle est considérée comme le reflet sur cliché de ce que le costume devait donner comme effet sur scène.

Cet usage de la photographie accompagnent les illustrations et autres gravures qui agrémentent les magasines de mode et de théâtre de l’époque.

 

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Sarah Bernhardt dans le rôle de Gismonda, illustration dans la revue Le Théâtre

Ainsi la presse devient un moyen de produire régulièrement des images et des textes au sujet des costumes. Ceci permet aux chercheurs de se faire un avis sur la réputation d’un événement culturel au mois prêt. La Presse devient alors un outil de grande importance dans l’histoire du costume car l’avis des éditeurs, des chroniqueurs et du public permet d’en savoir plus sur le contexte culturel du costume lui-même.

Ainsi, à travers la société « dramatocratique » si bien nommée par Jean-Claude Yon, le Costume semble s’être normalisé et est devenu un objet de préoccupation pour les sphères intellectuelles qui se soucient de l’idée de classement et de l’étude du passé. Des auteurs comme Adolphe Jullien publient des ouvrages sur l’Histoire des Costumes de Théâtre afin de sensibiliser le lectorat de l’importance historique du costume de scène.

Dans son ouvrage paru en 1880, ce même auteur explique, je cite :

« Le but était de retracer l’historique complet du costume théâtrale depuis l’origine du théâtre français jusqu’à nos jours, en expliquant les variations que ces vêtements ont subies trois siècles durant, ainsi que les circonstances fortuites ou tentatives réfléchies qui ont provoqués ces changements et qui ont amené cette partie  de la représentation dramatique au point de perfection relative qu’elle comporte aujourd’hui. »

Ce souci pour la reconstitution du passé théâtrale français par le costume ouvre une nouvelle vue aujourd’hui sur notre façon de voir tout ça. On passe de l’Histoire du Costume à l’Historiographie du Costume, c’est à dire: étudier les façons dont on étudiait le costume avant.

Je ne vais pas plus loin là-dessus car vous l’aurez compris. A défaut d’avoir de véritables costumes d’époque sous la main, l’Histoire du costume s’étudie par le biais de nombreuses sources diverses.

Elle peut s’étudier par les manuscrits, les textes de lois, les maquettes et les peintures. Nous remarquons qu’à travers ces premiers exemples cités, les sources en question étaient à la base des contenus destinés aux professionnels, aux comédiens, aux costumiers, aux directeurs, bref, à tous les corps de métiers concernés. Quand à la Photographie, la Presse et le Livre, ils témoignent de l’intérêt accordé à un public « non professionnel ». les progrès techniques en photographie et en imprimerie ont permis à l’Histoire du Costume d’être concerné par un public plus ouvert, aux amateurs particulièrement. Cette optique rentre dans un esprit de diffusion et parfois même d’éducation. Ainsi, par le biais d’une photo présente sur une revue, chacun peut se faire un avis sur le costume d’une pièce.

Ceci permet d’intégrer l’intérêt du costume dans la « culture de masses » ce qui caractérise bien les problématiques associées à cette époque: Le soucis du passé, l’Éducation Nationale, les Historiens Méthodiques, la société de spectacles, le marché du théâtre ou encore la Liberté de la Presse.

Au prochain épisode, je vous parlerai plus du classement des costumes et de leur « mise en musée. »

Sources:

  • (Collectif) DOUMERGUE Didier, VERDIER Anne « Le costume de scène, objet de recherche », Lampsaque, 2014
  • (Collectif) VERDIER Anne, ROCHE Daniel, GOETZ Olivier, « Art et Usages du costume de scène », Lampsaque, 2007
  • (Collectif du CNCS) « L’art du costume à la Comédie Française », centre national du costume de scène, Éditions Bleu autour , Paris; 2011
  • FAUQUE Claude, « Costumes de scène, à travers les collections du CNCS », centre national du costume de scène, Éditions de la Martinière, Paris, 2011

 

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